
ICELANDIC TRIP 3 : beautés polaires
By: Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord
Tags:Geysir, Gullfoss, Islande, Reykjavik, Thingvellir, voyage
Catégorie: Ce que je regarde
De nouveau éveillée aux aurores (façon de parler puisqu’il ne fait pas jour), j’engouffre un solide petit-déjeuner (œufs brouillés au Tabasco, concombres et tomates au fromage caillé) avant de rejoindre le car pour une visite du « triangle d’or » des spots islandais incontournables. La guide parle un français plutôt amusant, mais le problème du « tour bus » reste le même, on manque de latitude pour pouvoir observer les choses comme on le souhaiterait. On se coltine donc une visite institutionnelle d’une usine géothermique (avant un powerpoint n’ayant rien à envier à Playlist Society) alors qu’on ne passera que 20 minutes sur le site des chutes de Gullfoss. Ces cascades ont des allures de fin du monde, le vent glacial et la neige fondue nous poussent vers ce gouffre où se déversent des milliers de mètres cubes d’eau en partie gelée. En moins de cinq minutes, le vent est parvenu à se glisser à travers les quatre épaisseurs de mes vêtements, et mes doits se raidissent. Le thermomètre n’est pourtant pas très bas (autour de zéro) mais on comprend que le vent peut rapidement devenir dangereux… Ensuite on embarque pour les geysers de Geysir. L’Islande est le seul pays à ne pas appeler le phénomène de geyser « un geyser » car pour eux Geysir n’était qu’un nom propre du lieu où l’on observe des gerbes d’eau sortir du sol parfois jusqu’à 15 mètres de haut. Lorsque nous arrivons, le vent est si fort (à contre-sens) et les plaques de verglas si larges qu’il faut un bon moment avant de faire 150 mètres pour aller observer les geysers. Soudain, le trou béant d’où sortent des remous d’eau chaude se met à bouillonner et une belle gerbe monte à une dizaine de mètres de hauteur avant de se transformer en une espèce de nuage de vapeurs d’eaux glacées. Puis plus rien pendant une dizaine de minute au bout desquelles je renonce définitivement aux geysers islandais pour me réfugier au restaurant et tenter de redonner vie à mes doigts (pourtant à l’abris sous deux paires de gants et au fond de mes poches…). L’observation minutieuse et attentive des geysers ne n’est pas du tout optimale en hiver !
Après un autre trajet de bus (je commence à atteindre les limites de ma tolérance envers le club de ploucs qui fait route avec nous), on arrive dans le Parc Naturel de Thingvellir. Le plus grand lac du pays nous fait face, 83 km2 d’eau qui cachent le rift américano-européen. Les séismes sont fréquents dans la région, ce qui explique les bosses de la route, les plaques tectoniques s’écartent de quelques centimètres par an. C’est au même endroit que le club de barbus vikings qui s’était installé en Islande récitait les tables de la Loi (à raison d’un tiers de la loi par an, il n’y a avait pas de trace écrite alors mieux valait bien écouter lorsqu’on récitait les textes fondateurs, sinon vous finissiez au fond du lac ou bouffé par la faune locale… non je n’en sais rien mais à en juger par les reliques aperçues au Musée la veille, ils avaient plutôt de rire quand ils se brûlaient les types…). On descend en vitesse dans le rift (profond d’une bonne quinzaine de mètres) après la recommandation loufoque (mais touchante) de la guide « Merci d’être supra-gentil avec la nature, c’est un site protégé ! ». Au bout de vingt minutes rebelote, il faut rentrer à la capitale, dommage car le vent s’était calmé et l’on pouvait enfin se promener dehors dans l’air vivifiant sans craindre de choper la pire pneumonie de l’histoire…
Arrivés à l’hôtel, on décide d’aller traîner nos bottes fourrées du côté du port pour un restaurant… mémorable : le Saegrifinn. On entre dans une gargote où trois planches font office de table et où des bidons de lest servent de tabouret. Aux murs sont accrochés divers ustensiles et objets marins (filet de pêche, flotteurs, phoque empaillé, vieilles photos de pêcheurs en plein boulot…). On nous raconte que le propriétaire, un marin d’eaux froides de 86 ans mis à la retraite, ne voulait pas finir ses jours autour d’une table de vieux croutons pour jouer à la belotte. Il avait un petit local sur le port et a alors décidé d’ouvrir un restaurant simple de produits de la mer. Le choix des plats est restreint : soupe et/ou brochettes de poissons. On opte pour les deux. Cinq minutes plus tard fume une soupe de homard et grillent des brochettes de baleine et lotte, le tout servi dans de la vaisselle jetable ! Je repense aux restaurants français et leur ridicule habitude d’habiller le homard de mille choses superflues pour le rendre « met rare, donc cher donc réservé à une élite ». Le contraste est également saisissant dans l’assiette, j’ai l’impression d’être le vilain critique gastronomique qui fond devant la ratatouille du petit rat du dessin animé : le homard au goût si intense est adouci par une cuillère de crème fraiche et adouci par un brin de coriandre et beaucoup de cannelle. Je suis comme propulsé en enfance, retrouvant toute la délectation que peut procurer une soupe après avoir traîné sous la flotte en Bretagne pendant plusieurs heures ; quand les chaussettes sèchent par terre (chauffage par le sol), que cirés ont été contraints de ne pas passer la porte du garage et que chaque moignon d’os gelé réclame un peu de douceur et de chaleur. La chair de baleine dans la petite assiette de plastique à côté ressemble à du boeuf (rouge très foncé). L’Islande a visiblement le droit de pêcher la Mink Whale ? Simple et raffiné à la fois, cet épisode culinaire reste l’un des meilleurs restaurants que j’ai eu l’occasion d’essayer. On parcourt sans broncher les trois kilomètres à pied qui nous séparent de notre chambre douillette, la bouche pleine des subtilités de textures et saveurs marines. Et en prime, notre portefeuille reste alourdi de cette monnaie qui ne vaut plus rien car l’addition n’était pas salée comme la mer : 30 euros pour deux !
Il est temps de boucler les valises et de fermer les yeux, une chose est certaine, je reviendrai vite et resterai longtemps dans cette île qui se déguste fraîche.
D’autres racontards sur l’Islande ? Les épisodes précédents :



belle description tres imagéee, je m’y croyais. merci mamz’elle !
Ce voyage avait l’air fort agréable (nonobstant les ploucs), et c’est très sympa de le partager…
C’est idiot étant donnée l’heure, mais le passage sur le homard m’a donné faim. C’est clair en tout cas qu’il n’avait pas grand chose à voir avec ce homard là : http://nicolinux.fr/2008/10/28/stage-ducasse-2/