Violette R.O.L.L. n'est jamais d'accord

Route du Rock 2009 : no rain, no pain ?

In des concerts... on août 18, 2009 at 3:50

14 août 2009 – Le rock à St-Malo, quand il fait beau c’est mieux… mais pas que.

Le temps breton s’apparente de plus en plus à celui de Scandinavie, comprenez par là que le matin et le soir vous vous pelez sérieux, mais qu’au beau milieu de la journée vous avez des températures susceptibles de nous débarrasser de toutes les mamies trop encombrantes. En ce 14 aout à Saint-Malo, on y a eu droit, comme durant les sept jours qui ont précédé l’événement.

Arrivée sur un site vide, un bénévole arrose la terre pour que la poussière ne vole pas trop, en vain. Sur scène les balances de Deerhunter font froid dans le dos, les enceintes semblent déjà flancher. Direction le Palais du Grand Large pour vérifier ce que Marissa Nadler a dans le ventre. Prestation de plus d’une heure, assez intéressante en son genre, abstraction faite qu’on est censé assister à un festival de rock. Marissa livre un spectacle folk, plein de ballades éthérées, pas désagréable pour se remettre du trajet en voiture. Seule ou accompagnée de ses trois musiciens, Marissa manque régulièrement de sa voix claire et cristalline, dommage. Le spectacle est plus intéressant lorsque son guitariste la soutient de sa voix, le duo fonctionne bien. A suivre donc. (7/10)

Détour par les remparts (accompagnée d’une énorme glace) et on file au Fort pour Deerhunter, sacrifice fait de Crystal Stilts puisqu’il y a une centaine de voitures qui doivent se garer avant nous… Deerhunter est mauvais, il n’y a pas d’autre qualificatif. Même le batteur s’ennuie ferme. Le chanteur rachitique pousse la chansonnette, les guitaristes s’écoutent jouer, la basse est trop forte… Un peu pathétique, première déception de la soirée. Autre caractéristique de ce groupe un peu usant : ils n’ont pas appris à terminer leurs titres et étendent lamentablement leurs accords similaires pendant cinq minutes avant d’arrêter. Bref, on se console au bar en se disant que ce n’est qu’un concert, qu’une prestation live ne vaut pas pour un avis définitif, tout ça… sans grande conviction. (5/10)

La suite du programme est moins alléchante car plus classique mais au final bien plus intéressante. Le quintet de Tortoise s’applique sur un set de post-rock très jazzy, à l’arrière-gout brésilien. Les rythmiques sucrées côtoient les riffs aiguisés, le batteur cette fois s’en donne à cœur-joie, élément central de leur configuration scénique, de profil au premier plan, rappelant en cela la mise en scène de Battles. Les sonorités douces et éthérées se font peu à peu plus métalliques et acérées. Le tout étant très bien accompagné par un D-jing de qualité mêlant ancien logo d’Antenne 2 et plaines tantôt sèches et herbacées, tantôt vertes comme la Normandie… Sans conteste le meilleur concert de la soirée. (8,5/10)

Après être bien reposé et relaxée, on a envie d’en rester là. Surtout que ce qui suit n’est pas beau à voir, avant même que le moindre son ne soit émis. Une fourmilière de rodies s’active sur scène pour installer la terreur acouphènique de la soirée. Murs de plexiglas, murs d’enceinte supplémentaire, instruments prêts à cracher tout ce qu’ils ont de cordes, de peaux et de cymbales, tremblez public, voilà My Bloody Valentine.

Filtres vissés aux oreilles, un rugissement sonore me rappelle à la réalité alors que je me trouve à 300 mètres de la scène. Les vaches du coin doivent apprécier le réveil nocturne… S’en suit une prestation navrante, le chanteur balbutie dans un micro dont on n’entend qu’une onomatopée toutes les dix minutes, la batteur tape sur tout ce qui bouge plutôt que de se concentrer à essayer d’émettre des mélodies dignes de ce nom. Détail de taille, ce groupe n’a rien produit depuis 1991 mais la moyenne d’âge des fans est de 14 ans… cherchez l’erreur. Mes oreilles saignent et crient au scandale, je me carapate bien vite, ne cherchant pas à savoir si la suite sera meilleure. MBV n’est définitivement pas un groupe de scène, éventuellement un collectif de création artistique… et dans ce cas ils n’ont rien à faire là. (1/10)

Samedi 15 août – La musique de la Route du Rock, c’est comme le bon vin, elle se bonifie avec le temps.

Après la soirée navrante du vendredi, on remet le couvert le lendemain sans grand espoir : soleil, légère brise, lunettes de soleil et bar VIP. Arrivée sur un site vide (bon d’accord j’ai usé de mes droits et grugé toute la queue), on dirait qu’une bombe atomique est passée hier : plus d’herbe, plus de déchets, plus d’enceintes crachouillant un son infâme… Le festival le moins écolo et le moins bien organisé de France peut se vanter de savoir exploiter ses bénévoles au maximum.

St-Vincent apparaît timidement et se met à jouer pour cinquante péquins. Initialement programmée après Papercuts, on lui a visiblement fait une mauvaise surprise. Tout le bénéfice est pour nous puisqu’ainsi, on peut profiter deux fois mieux de la prestation de cette frêle mais déterminée silhouette. Telle une Patti Smith avec sa peau de Blanche Neige, sa boule de cheveux frisés noir et son petit costume bleu et rouge (rouge à lèvres assorti) dévoilant des épaules musclées et une physionomie nerveuse, les accords qui sortent de la guitare de St-Vincent sont incisifs, précis, surprenants. Régulièrement, sa petite tête disparaît derrière la toile noire qui cache ses jambes, on s’attend presque à ce qu’elle nous fasse un spectacle de marionnettes. Les mélodies de la New-Yorkaise alternent entre douces ballades et accords plus rock. Le tout est surprenant, touchant et… définitivement plus intéressant que le disque. Première bonne surprise de la soirée. (7,5/10)

Je ne trahirai pas Papercuts et Camera Obscura en disant que c’était mou du genou et terriblement banal. Passons, le bar VIP est là pour nous réconforter. (5/10)

La seconde bonne surprise nous vient des Kills. Peu importe la drogue qu’ils se sont enfilé ce soir là, le duo est plus sexuel que jamais, à l’écoute l’un de l’autre. On a presque envie de leur pardonner leur mauvaise habitude de faire sauter qui son ampli, qui son jack… Le spectacle est beau, bien rodé. Cela dit, The Kills va devoir se renouveler sous peu s’il ne veut pas terminer aux oubliettes des groupes de rock incapables de produire plus de trois mélodies : soit ils privilégieront leur duo au profit de nouvelles harmonies et sonorités (un peu de créativité que diable), soit il leur faudra s’équiper de musiciens dignes de ce nom car la boite à rythme sur trois album, ça commence à gaver un peu – Kate Moss squatte leurs concerts ? Eh bien mettons là à contribution à la batterie ! (8/10)

Pour terminer la soirée en beauté, Peaches livre un show haut en couleurs. Accompagnée des Sweet Machine, trio au look néo-gothique post-hardcore, elle décline une dizaine de costumes tous plus amusants les uns que les autres, allant de la fraise Tagada au string lumineux à nœud, en passant par les tenues de lutteurs mexicains et le justaucorps de patineuse sur lequel sont projetés des images… Une vieille hardeuse en collants à gaine n’a jamais été aussi sexy qu’elle ce soir là. Les titres/ tubes s’enchainent, le public se déchaine modérément (beaucoup trop ivres ces bretons).

Peaches ne fait aucune faute de gout, aucune impasse, occupant tous les recoins de la scène et de la fosse. Le fake duo avec Iggy Pop est tordant, les solos de guitare électrique des biatch tout autant. Une belle prestation pour une artiste qui avait pris un virage un peu dangereux. J’espère bien que les cathos culs-bénis de St-Malo se retournent dans leur lit. (8,5/10)

Trop fatiguée pour Four Tet, j’écoute de loin, calmes et douces ondulations électroniques. Il faut garder des forces pour le lendemain, finalement ce festival construit sa programmation pour les plus endurants, le meilleur est avenir…

Dimanche 16 août – A la recherche de la jouissance auditive

Dernière journée et non des moindres pour cette Route du Rock ensoleillée. Heures de sommeil cumulées : 8, Cafés : 7, Filtres audio : ok, copains : une vingtaine, bar VIP et cocktails : ok. On a tout ? Allez zouh !

Ca commence tôt (17h30) avec Gang Gang Dance que j’ai encore une fois eu le privilège de rater mais dont on ne m’a dit que du bien – notamment de la chanteuse. A vérifier à Paris prochainement donc.

J’arrive à peu près chancelante pour la prestation d’Andrew Bird. Scénographie recherchée de vieux cabinet de curiosités anglais, musiciens en forme, la pop-rock d’Andrew réussit à me requinquer pour tout les concerts qui vont suivre. (7,5/10)

Les jeunes écervelés ne sont pas présents ce soir là, les groupes sont de plus haute voltige, le public est sensiblement plus âgé et sage. Dominique A porte cette lourde tâche de représenter à lui seul toute la France et ce qu’elle compte d’artistes intéressants. Dans Paplar, le petit journal local, il déplore l’absence de Holden au festival (normal, ils chantent L’orage aurais-je envie de répondre…), tape sur MBV et raconte son premier souvenir de Route du Rock : Saucisse. Seul sur scène avec sa guitare, son synthé et deux micros, il envoûte l’assistance en quelques minutes, alternant compos plus ou moins récentes. Quelques traits d’humour (pas facile de jouer au milieu d’une soirée d’artistes triés sur le volet, ça ne l’empêchera pas de jouer ce qu’il veut, pas forcément pour nous faire plaisir). Le nouveau morceau Mancey est particulièrement touchant. L’homme salue, remercie et annonce le groupe suivant. Il est le premier à le faire de tout le festival, comme quoi, l’éducation, ça a du bon. (8,5/10)

Lorsque Grizzly Bear paraît enfin après une dizaine de minutes de retard, l’assemblée est si concentrée qu’on pourrait entendre les mouettes du port brailler. Côte à côte, les quatre membres font front, concentrés, prêt à interpréter Veckatimest dans son intégralité ou presque. Look Geek, le guitariste porte un tee-shirt « Köln liebt mich », le batteur un Mickey a trois oreilles ; et musique de Nerd, la maitrise des instruments dans tout ce qu’ils ont de délicat, intemporel et grandiose. Mélodies planantes, on se sent comme transporté par une sorte de foi mystique. Les effluves d’encens couvrent enfin celles de moules et saucisses. Un dauphin et un homard en plastique s’envolent et parcourent les têtes du public. Mis à part un persistant problème de grésillement, Two Weeks est jouissif, While you wait for the others finit par me faire osciller la tête tels les Oui-Oui dont je prend plaisir à me moquer. (9/10)

Après avoir eu l’impression de visiter le pays d’Alice au pays des Merveilles, on se retrouve propulsés dans la contrée électronique acide Simian Mobile Disco. Scénographie splendide avec jeu perpétuel de lumières et d’effets d’optiques, les deux compères tournent en permanence autour de leurs machines et font autant de génuflexions que le public fait de bonds et agite les bras. Déluge électronique, pluie de beats, cascade de samples, la nuit étoilée de St-Malo n’aura pas connu l’eau ce soir mais on s’en sera quand même pris plein les oreilles. Les titres retenus ne sont pas mes favoris et le son n’est pas toujours réglé come il faut, mais pour le reste rien à redire, Simian Mobile Disco est un groupe qui tient la Route (du rock et de l’electro). (8/10)

Ecouté d’une oreille et observé d’un œil, Autokratz clôturait le festival. Cet être squelettique aux allures de Nosferatu est tellement effrayant et ressemble tant à un camé avec ses veines explosées et tatouées que je ne préfère pas trop regarder. Je quitte les lieux avant d’être tentée de rester à l’after où Gang Gang Dance va mixer jusqu’au matin, il faut rentrer à Paris…

Conclusion, comme pour tout festival (exception faite du génial Garden Nef Party d’Angoulême), il y a du bon et du mauvais dans les groupes retenus et présentés. Je garderai comme points d’orgues Grizzly Bear et Peaches à ma grande surprise. Ce retour en terre natale laisse pour la première fois des traces très positives. Cool je vieillis :)

Cet article a été initialement rédigé pour Le HibOO

Crédits Photos : Michaurel

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  1. J’approuve tout à cent pour cent sauf sur Andrew Bird parce que je n’accroche pas à sa musique et Peaches que j’ai pas vue donc bon. Pour le reste, je dis OUI! Tope-la!

  2. Beau compte-rendu de festival. Pour ma part, je n’ai été que le troisième jour. Sinon, le morceau inédit de Dominique A, c’est « Manset » et pas « Mancey », puisqu’il s’agit de Gérard Manset, bien sûr. Je ne veux pas croire que tu ne connaisses pas l’auteur du « Voyage en solitaire » …

  3. Ah oui bien sûr, j’avais corrigé Manset sur Le Hiboo, j’ai oublié sur mon blog…
    Mais Mancey est une petite commune française qui aurait aussi bien collé pour ce titre :)

  4. Mes félicitations chez vous un blog très intéressant. j’aime beaucoup la musique vivante et ce blog me plaire beaucoup;-)

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