... on dirait que...
Paris, lendemain de week-end. Il fait un temps splendide pour changer et je cloue des clous sur les nuages sans échafaudages. Madame ou plus exactement la Mademoiselle que je suis, ne rêve plus et comme rarement, aimerait retrouver son crachin breton rien qu’une fois pour pouvoir laisser ses blue eyes crying in the rain. Un soupçon de fadeur, un rien de tragédie et je pleure mon collyre, ma colère.
Malade depuis longtemps, une aubaine pour pouvoir cracher une bio toute préparée depuis des mois déjà, médias et politiques s’en donnent à cœur joie… Fillon et Sarko jouent les grands hypocrites soulignant l’importance de la perte de l’artiste, lui déroulant des tapis plus cramés et moisis qu’eux. Le pire, c’est qu’ils l’auront toujours, leur superbe à défaut d’éloquence, Tel Machiavel, Tel Abel Gance, Tel Guillaume Tel… La faiblesse des tout-puissants comme un légo avec du sang.
Depuis quelques années en France, Un âne plane, se pavane à l’Elysée aux bras d’une courtisane, faisant toutes les couvertures de Paris Match. Au Monde s’agrippent des grappes de tyrans, des archanges aux blanches canines, nos petites entreprises connaissent la crise, bling-bling, Bijou Bijou y’a des feux rouges partout et puis au coin de la rue l’armée du Salut qui joue… cruauté dans la tourmente.
C’est comment qu’on freine ? Monsieur Bashung a bien fait de descendre de là avant nous, plus rien ne s’oppose à la nuit, rien ne justifie, il a Osez. Faisons la noce, explorons les Vertiges de l’Amour, Ode à la vie… Monsieur Bashung n’a jamais rien demandé d’autre.
Pourquoi ce décès me touche-t’il, moi qui reste si caustique en toutes circonstances ? Parce que 61 ans, c’est l’âge de mon géniteur, que si j’écoute La Nuit je Mens je revois mon père écouter en boucle ce titre pensant être seul dans le salon. Parce que Johnny Halliday n’est pas mort lui – et qu’on risque fort de devoir endurer un Michel Sardou pendant encore 15 ans. Parce que comme un légo, ce Bashung a participé à ma construction.
Le 3 mars dernier, M. Bashung a annulé notre rendez-vous, le lendemain d’un vendredi 13 il a fait sa valise pour de bon, facétieux jusqu’au bout, visionnaire ? « L’homme de demain sera hors-norme, un peu de glaise avant la fournaise qui me durcira ». A présent, j’emplie torchons, vinyls, évangiles… tu m’irradieras encore longtemps, au-delà des portes closes. Salut bien bas, je te raconterai 2043.


Merci pour cette chronique à vif, patchwork de ressentis et de paroles de M.Alain avec un grand « Aime ».
Ma douleur est indicible … tout comme toi, je croyais m’y être préparé … tout comme toi, je tiens plus que de raison des propos cyniques sur la mort et si je suis certain que j’aurais la force de reprendre au moins deux fois des nouilles quand l’aveugle de l’UMP rendra son dernier souffle, je me cantonne à faire tourner en boucle ma playlist perso…
Pierre