Film américain / fantaisie héroïque / adaptation / 2009
Disons-le d’emblée, il existe déjà pléthore de critiques de ce film, notamment celle de Rob Gordon. Alors je laisse aux plus vieux les chroniques purement cinématographiques sur la photographie fidèle au livre, la bande son pertinente ou les effets spéciaux bluffants et je vais développer un autre point si vous permettez…
1985 : Michail Gorbatchev accède au pouvoir en URSS, Boris Becker est le plus jeune joueur de tennis à remporter Wimbledon, le réseau Fun Radio voit le jour, Christo emballe le Pont Neuf, on retrouve le Titanic, on sabote le Rainbow Warrior, Assassin et Nirvana font leurs débuts, on lance la première campagne des Restos du Cœur en France… bref 1985 reste l’année de la prise de conscience de problèmes structurels dans les pays développés (oui il existe des jeunes, des pauvres, des enjeux géopolitiques et écologiques majeurs…) et ce n’est que le commencement du naufrage véritable du système capitaliste et de l’impérialisme à la papa… Rien que pour tout cela je suis fière d’être née cette année là.
Alors comme à chaque fois qu’on sent qu’une crise pointe le bout de son nez, on ressort des icônes, quelque chose à quoi se raccrocher. Ainsi en 1985 naît Marty Mac Fly et son habilité à savoir remonter le temps et pouvoir changer le cours des événements (Retour vers le Futur). Le bon temps, il était avant, maintenant on va en baver…
C’est exactement de quoi il retourne dans l’œuvre graphique d’Alan Moore et Dave Gibbons. Les Watchmen sont de vieux héros en collants sur le retour qui ne comprennent plus très bien qui ils sont, où ils vont ni dans quels états ils errent… Ils se font décimer par une puissance invisible, qu’on ne peut pas identifier au premier coup d’œil. Pas de bon gros méchant, plutôt une quête introspective pour tenter de saisir comment on en est arrivé à de telles absurdités sur notre bonne vieille planète. Ils sont vieux parce qu’ils ont encore des capes (tout le monde sait que quand on se balade avec un appareil doté de réacteurs, on ne porte pas de cape, sinon on meurt…), des idées retro-réac sur le monde, et une conception du monde encore très manichéiste. Ils ont compris qu’ils sont out et ils comptent sur les nouveaux nés de l’époque pour se dépatouiller tout seuls.
Ma génération et les suivantes inaugurent un nouveau mode de vie, dans un état psychologique particulier : nous savons que vivre nous demande plus d’efforts qu’à nos aînés. Nous nous construisons en sachant que nous vivrons moins longtemps, dans de moins bonnes conditions et en ayant à gérer une équation de problèmes supérieure. Le monde tend à une exacerbation des violences toujours plus grandes et toujours plus difficiles à identifier. Cela aboutit à une génération désabusée et cynique, posant un regard acerbe sur les événements. L’intrigue des Watchmen se passe en 1985 ? Vous pouvez la transposer en 1991 (Koweit), en 1995 (Croatie), en 2003 (Irak)… etc. On prend les mêmes et on recommence…
Alors pour ces générations là, des réalisateurs et des auteurs prennent le soin d’entretenir une chose essentielle, l’espoir. Pas un espoir tangible, non, celui qui relève de la fantaisie. Les comics-book qui ont bercé notre enfance, puis les dessins animés de nos héros préférés, les figurines en plastiques associées, les jeux-vidéos, puis les séries télévisées comme Heroes, les adaptations cinématographiques de Batman, de Superman, des X-Men… tout y passe pour nous faire un peu mieux passer la pilule. Le « Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais) s’est mué en « Un homme devient vieux le jour où ses regrets ont pris la place de ses rêves » (John Barrymore) et devient très logiquement « La vie est une farce » dans les répliques du Comédien. Tout est dit, alors dépêchons-nous d’en profiter encore et toujours.
La possibilité de rêver est aux jeunes générations ce que le l’apport du vêtement en coton au lieu du cuir a été à l’histoire de la médecine : une avancée irréversible. Nos parents ont eu Mai 68, les trentenaires ont leurs soirées Gloubiboulga et Chantal Goya, nous aurons nos soirées déguisées Super-Héros. J’ai hâte d’enfiler le costume du Spectre Soyeux II. Je ne demande qu’une chose à nos gouvernements (en lesquels j’ai perdu tout espoir d’attente positive) : qu’ils ne nous coupent pas les subventions pour pouvoir entretenir ces derniers mirages.
A l’entrée du cinéma, on n’autorise pas les moins de 12 ans à franchir le seuil de la salle, mais les plus de 40 ans ne peuvent pas vraiment comprendre non plus… en cela Zack Snyder parvient à réaliser un exploit.
Note : 8/10

